Enfant, j’ai voulu être archéologue.

Interroger les traces. Débusquer les indices aussi infimes soient-ils.

Tout cela est loin maintenant.

L’envie a eu le temps de disparaître, recouverte par des (im)postures tenaces.

Et pourtant… Mes placards révèle une multitude éparse : matières diffractées, bribes… Ce sont ici et là des fragments. Rien de consistant, de conséquent de prime abord.

Un ensemble de formes et de textures évoquant des prélèvements, des vestiges, copeaux de mémoire…Reliques disparates cohabitant dans une communauté d’esprit. Objets d’étude et point de départ cristallisant ressentis et émotions.

Le travail de collecte est une première étape de mon processus créatif, un premier degré du témoignage mais, il ne faut pas s’y méprendre, ma quête ne se situe ni dans l’inventaire, ni dans le recensement.

L’occident a ressenti le besoin d’analyser, répertorier, classer. Mettre sous verre. Fixer pour rendre intelligible. Dans ma pratique, je me sens loin de cette volonté de maitrise et de compréhension mais plus en phase avec une pensée animiste ou un processus alchimique.

Dans un premier temps, la collecte et ses parts égrenées mettent à nu une sensation de morcellement.

Après une longue étape de maturation : Là où il y avait fragilité, dispersion, éclatement, affleure une réalité, une identité. L’ acceptation sereine de ces parts morcelées ouvre un processus d’individuation artistique. Refaire unité, recomposer, écrire un nouveau récit.

Ma démarche artistique explore les notions de porosité et de perméabilité entre les cultures, les lieux et les personnes. Il y est question de mémoire, survivances, géographies mouvantes et géologie interne.

Entre archéologie des sens et géologie poétique, j’explore un mode d’approche sensible de nos mémoires.  ©Sylvia Eustache Rools • Expérimentation-OxydAction.